Dimanche 30 mars 2008

En deçà de ces grandes et nobles écoles , de la philosophie, nous en faisons « tous », s'accorde t'on à dire. C'est ce à quoi nous nous exerçons parfois, lorsque nous ne faisons pourtant que donner des mots à des questionnements abstraits et pour lesquels il n'existe aucune véritable réponse établie. Aucune, en tout cas, qui puisse conduire à des vérités universelles.
Mais l'incertitude et l'infini précarité qui caractérisent nos réponses, ont au moins cet avantage de noyer nos réflexions dans cet abstrait qui exonère notre esprit de toute obligation de compréhension.
Elle permet, par ailleurs, aux plus orgueilleux, de s'attribuer prétentieusement un bon sens supérieur qui les place au rang des supposés « sages ».

Et c'est ainsi, qu'ici même, en observant cette philosophie quelque peu corrompue, l'on fait soi-même de la philosophie facile.

Drôle de pratique que cet exercice si confus et si terriblement dispersé, finalement démuni de tout aboutissement. Constitué de règles et de principes perdus dans un labyrinthe d'incertitudes, il débouche le plus souvent sur des vérités abstraites qui n'ont de véritable entendement que pour leurs géniteurs. Ainsi, comme l'a si bien exprimé Albalat, « le grand tort des philosophes est de se croire en possession d'une tournure d'esprit qui leur confère l'infaillibilité du jugement et l'universalité des compétences ».
Et la philosophie se satisfait ainsi à elle-même, enfermée dans ses principes et son orgueil ; « le plus stupide de tous » disait Cioran, « ...être philosophe étant de croire que vous êtes seul à l'être... ».

Il n'existe pourtant rien de plus incertain, rien de plus impalpable que la philosophie. Et la vraie sagesse, s'il en existait une véritable et universelle, devrait amener les philosophes à ne pas se l'approprier injustement et à l'exercer avec plus de prudence et d'humilité.
Mais ces derniers, toujours soumis à cet obligeant orgueil, ont laissé dériver cette notion à leur avantage, entretenant l'intérêt du reste du monde comme on cultive amoureusement son jardin.
La philosophie n'est pourtant, qu'une science inerte et sans âme. Elle rejette toute émotion, toute sensibilité, rejette le pouvoir de nos rêves ; toutes ces qualités qui sont pourtant l'énergie qui nous active et nous élève. Ainsi, ce n'est pas la philosophie qui a fait évoluer le monde mais les esprits immenses, ambitieux, capables des plus grandes envolées. Ces hommes de courage et de volonté remarquables. Ces mêmes hommes nourris de grandes illusions et qui se sont battus pour porter jusqu'au sommet leurs justes ambitions au profit de l'humanité.
La philosophie n'étant qu'un ingrédient parmi d'autres... Et c'est l'homme qui « construit ».

AAMB


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