Mercredi 28 mai 2008

 Chantal Sébire... ...Les multiples débats qu'elle a suscité se sont envolés comme le vent. L'attention publique s'est déjà détournée de ce drame humain mais beaucoup ont encore en mémoire l'appel désespéré et tragique de cette femme atteinte d'une tumeur incurable, et qui a eu la force et le courage, de porter à la face de notre société cette grande question de vie.. ou de non-vie...
Et si certains ont vu dans sa requête et son acte final une atteinte au devoir d'existence, cela n'en reste pas moins aux yeux de tous, une grande leçon d'humilité. L'euthanasie quelle réclamait n'avait pour seule raison de nous éveiller au respect de la personne jusqu'à l'aboutissement, à la vraie charité, profondément humaine et sans concession. Pour le droit à "partir" dignement, sans rejet de ses semblables.
Le reste ? elle a su le faire sans autres accompagnements que sa solitude, sa conscience, et sa propre volonté.
Mais, c'est une réalité de notre monde. Le débat qu'elle a suscité à l'époque est déjà remisé dans les carences de notre mémoire. Trop insurmontable pour notre esprit fermé, notre culture bien formatée.
Les médias, qui se sont pourtant emparés de ce drame avec un acharnement déplacé, voire indécent, l'ont vite jeté dans l'oubli. La tragédie et les grandes questions qu'elle inspire ne figurent plus dans les critères d'audience.
Les politiques comme Sarkozy, Kouchner, Rama Yade et les autres, qui se sont pourtant si bien exprimés sur cette insupportable tragédie ont, eux aussi, tourné le dos à ce qu'ils doivent considérer aujourd'hui comme un... "problème dérangeant et trop complexe au sens moral" ...à l'égard de notre société. Un embarras beaucoup trop éloigné de leur sphère politique et nuisible à la pensée bien ordonnée.
C'est ainsi le sort que notre fausse compassion réserve à toutes les tragédies. Il en sera de même pour les 80.000 morts ou disparus du Sichuan comme des 133.000 de Birmanie. Comme de tous les drames et les injustices que nous impose la nature ou les hommes.
Notre compassion se vend à l'émotivité du moment. Mais elle est éphémère. Elle se désagrège et se sacrifie au temps dés lors où elle encombre notre quotidien et notre conscience.
Il en est de même pour les grandes manifestations comme le "Téléthon", le "Sidaction" et bien d'autres actions, la compassion et la générosité populaire n'étant portées que par un effet de masse voué au spectacle plus qu'à la vraie générosité.
Les vrais généreux sont ceux de l'ombre, ceux que l'on n'entend pas et qui, sans tapage, font de leur ordinaire, un dévouement permanent, dans de multiples petites actions invisibles mais qui contribuent à maintenir le sens de la solidarité et de la vraie générosité.
Chantal Sébire n'est malheureusement devenue qu'un "incident dramatique" à l'égard de notre petit monde bien ordonné. Mais elle a pourtant posé cette grande question sur la forme du respect que l'on doit à la vie.
Notre culture, en ce point, n'a guère évolué. Nous en sommes restés à cet instinct animal et végétal qui nous pousse à survivre contre toute raison. Notre société a pourtant forgé, en ce siècle, une ouverture de conscience et d'esprit qui va bien au-delà de l’ordre naturel. Nous acceptons aujourd'hui des dispositions contraires à cette nature si puissante, et malgré cela, l'obligation de vivre reste pourtant inviolable.
En quoi cependant, ce contrat souscrit avec la vie, nous est-il si implacablement imposé, sans aucune clause possible de résiliation ? Chacun devrait être libre de disposer de son existence comme il le ressent. D'accepter ou non ce contrat tout autant qu'il est supportable, humainement acceptable au sens où chaque individu le ressent. Lorsque la vie devient un emprisonnement insoutenable, en quoi n'est-il pas juste de vouloir s'en défaire ? Pour suivre une règle obscure qui échappe complètement à notre conscient ?
Il existe une frontière impénétrable où seul, l'être, est en mesure de juger de sa propre vie. Sans principe, sans religion, sans société. S'exonérant de toute morale et de tout préjugé.
Nous ne faisons que nous rassurer nous-même lorsque nous nous réfugions sans retenue dans ce devoir totalitaire de préserver la vie à tout prix.
Notre jugement ne se nourrit que de principes moralistes poussiéreux, hors de notre temps, que nous déconstruisons par ailleurs aussi facilement que nous les vénérons lorsque cela nous convient, au gré d'idéaux philosophiques dépassés ou de mœurs bien trop avancés.
Pourtant, comme le disait le philosophe avec une compassion neanmoins prudente, "Méditer la mort, c'est méditer la liberté; celui qui sait mourir, ne sait plus être esclave.", concédant que lorsque l'âme et le corps, soumis à tous les supplices, ne peuvent plus rien en supporter, envisager la mort, c'est se rendre libre. Libre de ne plus souffrir, libre de tout devoir, de toute obligation envers tout ce qui constitue la vie.
A l'égard de l'euthanasie, rien ne nous autorise à porter le moindre jugement sur ceux qui donnent et ceux qui reçoivent cette aumône dés lors où elle s’offre comme une paix juste face à l’insoutenable. Lorsque cet insoutenable devient plus puissant que la vie elle-même.
Nous ne pouvons pas laisser cette notion humaine s'emprisonner dans nos carcans idéologiques. Nous évoluerons forcément, et le maintient d'une ignorance volontaire ne pourra qu'engendrer des récidives dans une pratique illégale et marginalisée, avec les inévitables écarts que cela peut produire. Notre société, par humanisme mais aussi par sagesse, se doit d'en reconnaître la légitimité. De lui donner un véritable sens et un statut, reposant sur des conditions qui puisse la protéger de toute dérive.
Et reconnaître enfin que le respect de la dignité humaine va jusqu'au delà la vie elle-même.

AAMB


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